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 Clipperton, l'île sentinelle
Clipperton est certainement l'île la plus isolée, la plus surprenante et la plus controversée. Qui connaît pourtant cette possession de la France ? Qui a pris conscience que cet atoll est finalement une « micro-planète » reflet en petite taille de ce qui se passe à l'échelle du globe ? Pas grand monde, et pourtant… Tête d'épingle perdue dans les confins du Pacifique oriental, Clipperton est une île éloignée de tout : Paris est distant de 10 677 kilomètres à l'Ouest en survolant le Mexique (lui-même distant d'un millier de kilomètres) tandis qu'à l'Est, Papeete en Polynésie française est localisée à 5 400 kilomètres. À l'écart des grandes routes maritimes, et ceinturée par une barrière de brisants rendant son accès extrêmement difficile, Clipperton est longtemps demeurée une place inexpugnable, révélant au compte-gouttes ses secrets aux rares visiteurs.

Atoll de forme subcirculaire, au climat hostile à cause notamment des cyclones qui y sévissent (26 en moyenne par an), ce « caillou de la république » est peu fréquenté par l'Homo sapiens mais peuplé à l'année d'oiseaux marins, de crabes terrestres et désormais de rats, tandis que ses eaux sont sillonnées par de majestueux requins-marteaux.

Avec 1,7 km2 de terres émergées, soit un total de 8 km2 lagon compris, les dimensions du site sont modestes. En revanche, son extension maritime est considérable puisqu'elle équivaut à 80% de la surface du territoire métropolitain. Cet immense « jardin » marin abrite d'ailleurs l'une des plus importantes réserves au monde en thonidés ainsi qu'un sous-sol supposé riche en nodules polymétalliques, des ressources possibles pour notre futur.

Point minuscule sur une mappemonde, Clipperton n'est pour le moment qu'une simple curiosité administrative, à qui a été pourtant attribuée un code postal : 98 799. Territoire d'outre-mer jusque-là laissé « en jachère », cette île-sentinelle est aux premières loges des changements climatiques de notre planète. Prétendre que la France est une nation maritime d'envergure nécessite dès lors de débattre de l'avenir de ce « territoire d'intérêt général » ce dont il ne fait désormais plus aucun doute.

Une chance pour la France ?

Un jour de vendredi saint 1711, des marins français du roi ont découvert l'atoll et l'ont ainsi baptisé « île de la Passion ». S'en suivront moult épisodes et occupations, dont celle mexicaine au début du XXème siècle avec soldats, femmes et enfants abandonnés à leur sort. Autant d'épisodes sulfureux, incitant diplomates, décideurs et autres esprits cartésiens à faire rimer Clipperton avec passion, irrationalité et chimère.

Depuis son attribution définitive à la France en 1931, suite à un arbitrage international rendu en défaveur du Mexique, notre pays ne s'est pourtant guère intéressé à cette île-confetti du bout du monde. Certes, la France a envoyé des militaires occuper cet atoll entre 1966 et 1969 mais cela faisait suite aux protestations d'États d'Amérique, inquiets des essais nucléaires aériens en Polynésie française. Officiellement, cet atoll n'est aujourd'hui fréquenté que par des scientifiques, des radioamateurs ou des explorateurs qui en font la demande. Officieusement, c'est une autre affaire…

À l'abri des satellites et à mi-chemin entre l'Amérique du Sud et du Nord, Clipperton est un lieu de rendez-vous discret prisé des trafiquants en tous genres. Ses eaux sont pillées en toute impunité par des thoniers étrangers, sans qu'aucun droit fondamental à la pêche ne soit appliqué. Un laxisme français a priori monnayé contre la libération en 2013 de Florence Cassez, une ressortissante française emprisonnée au Mexique. Une façon également pour le Quai d'Orsay de calmer les velléités de souveraineté de cet État-voisin, le plus proche de l'atoll. Une manière aussi comme une autre pour notre pays, avec cette seule possession du Pacifique nord et ses eaux attenantes, de conserver sur le papier son rang de seconde puissance maritime. Dans la sphère politique, rien n'a bougé jusqu'en novembre 2016 et l'annonce par Ségolène Royal, alors ministre de l'Écologie, de créer une zone de protection du biotope autour de Clipperton, et ce dans un rayon de 12 miles. Un bel effet d'annonce survenu en pleine COP-22 à Marrakech mais qui n'a débouché sur aucune mesure productive. Aucune surveillance durable de la zone n'a été étudiée. Aucune coopération avec les États voisins n'a été envisagée. Clipperton a été une nouvelle fois abandonnée, et négligée alors que ce territoire d'outre-mer vit de profonds bouleversements et doit faire face à des défis qui ne manqueront pas de se poser à notre société lors des prochaines années. Appelons-ça, les paradoxes français.

Stéphane Dugast


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